Voyager avec ses enfants

–  Tu pars en vacances ? 
–  Oui, bientôt, à l’étranger. 
–  Ah super, et qu’est-ce que tu fais de tes filles ? 
–  Eh bien, je les emmène. 
–  Ah bon, mais c’est pas très prudent. Elles peuvent attraper des  maladies. Et puis, elles ne s’en souviendront pas. Alors ça 
    fait un peu cher le voyage. Moi, quand je voyage, je laisse mes enfants à mes parents ou beaux-parents. 
–  Eh bien moi je les emmène avec moi.
 
Combien de fois ai-je pu entendre ce genre d’arguments ? Incalculable !
J’ai toujours été convaincue que ces «vérités » ne me correspondaient pas.

Autant je trouve important que les parents prennent soin d’eux-mêmes en s’accordant de petites escapades en amoureux, autant écarter systématiquement les enfants de tout voyage ne me paraît pas reposer sur de bonnes raisons.
Et il me semble plus difficile de gérer le stress des enfants généré par l’absence des parents que l’organisation d’un voyage avec des petits.
Passionnée par les voyages, je n’ai pas envisagé une seule fois d’arrêter mes périples en devenant maman. Bien au contraire, je m’imaginais très bien m’envoler avec mon enfant vers une destination choisie en adéquation avec son âge.
C’est ainsi qu’en 1988, nous sommes parties vivre à Londres pendant quinze jours toutes les deux avec Chloé. Elle était alors âgée de dix mois. Me retrouver avec ma fille dans sa poussette tard le soir à l’aéroport de Gatwick, prendre le train pour la gare Victoria, et ensuite le métro jusqu’au Bed & Breakfast que j’avais réservé, ne fut pas de tout repos, mais plutôt une expérience qui m’a mise tout de suite en confiance sur le fait que ce n’était pas impossible de voyager avec un enfant en bas âge.
Oui, son quotidien a été bousculé. Mais elle s’est adaptée avec une facilité déconcertante.
J’ai parcouru Londres en long, en large et en travers, Chloé bien installée dans son petit véhicule, la mèche au vent, à ne rien manquer de ce qui se passait autour d’elle. En voyage, tout est nouveau pour l’enfant mais également pour nous, parents. Et ces moments partagés sont précieux.
Nous sommes rentrées dans les musées, avons visité les sites immanquables de la capitale, et profité des parcs pour nous reposer sur les fameuses pelouses londoniennes.
Nous nous sommes laissées approcher par les petits écureuils pour son plus grand plaisir. Chloé tentait bien de communiquer avec eux en babillant, en vain.
Nous avons eu le plaisir de découvrir les Toys’R Us bien avant leur arrivée en France.

En 1988, il était quasi impossible de trouver des jouets en dehors de la période de Noël, encore moins des jouets éducatifs.
Les magasins spécialisés étaient rares et mal achalandés.
Quelle ne fut pas ma joie de trouver ces cavernes d’Ali Baba ! J’en avais profité pour faire le plein. Ces jouets étaient colorés, sonores, inventifs. C’était un vrai régal de voir ma fille s’amuser avec.
Il est évident que Chloé ne se souvient pas de ce voyage, mais il reste les albums photos qu’elle peut consulter quand elle le souhaite. J’adore retomber sur une photographie de ma Chloé devant Big Ben ou bien Trafalgar Square. Les souvenirs, je les ai pour nous deux, et je les évoque parfois.
Nous avions choisi comme base un club de vacances d’où nous partirions visiter l’ile au jour le jour. Georges prenait Léa avec lui dès qu’il le pouvait et parcourait le club en présentant « sa fille ». C’était amusant et attendrissant. A notre départ, il était bien triste de voir partir sa petite protégée.

Pendant ce temps là, Chloé s’initiait à la planche à voile, faisait son premier baptême de plongée, s’amusait avec les enfants de nationalités différentes au club enfant.
Tous ensemble, nous avons visité les endroits incontournables de cette belle île :
– marche dans la forêt tropicale, main dans la main avec Chloé, Léa perchée dans le porte bébé dorsal. Chloé était impressionnée de voir pour la première fois des  feuilles d’arbre plus grandes qu’elle !
– baignade dans les lagons translucides et les cascades du Carbet perdues en pleine forêt tropicale
– visite des marchés colorés et bruyants où Chloé essayait de se rappeler le nom des fruits et légumes encore inconnus jusque là.
– écoute des cris impressionnants des animaux dans la forêt tropicale la nuit
Ensuite pendant quelques années, nous avons écumé le bassin méditerranéen et les îles : Réunion, Guadeloupe, Saint Martin et Saint Barthélémy, Chypre, Crète, Grèce, Tunisie, Maroc…

Nous avons arpenté à nouveau les rues et les parcs de Londres. Et puis nous avons décidé de nous lancer vers de plus grandes aventures en visitant la Floride et la Thaïlande.
Les parcs d’attraction ont fait le bonheur des filles ainsi que les Everglades où elles ont pu approcher de très près des alligators dans leur milieu naturel.
Je revois les yeux écarquillés de mes filles devant ces animaux impressionnants ! Plus tard, elles ont pu faire la distinction avec les crocodiles de Thaïlande.
Chloé s’était faite une spécialité qui m’effrayait en connivence avec le charmeur de serpents : celle de revenir avec des serpents autour du cou ou bien de vouloir se faire prendre en photo avec !
Je repense à ces couleuvres inoffensives au Maroc ou bien à cet immense boa blanc en Thaïlande !

Il a fallu que je bataille pour qu’elle comprenne enfin que c’était ma phobie et qu’elle arrête cette excentricité !
Je repense aussi au jour où Chloé avait fait tomber sa soeur dans des bougainvilliers à Saint Martin et où il nous a fallu presqu’une heure pour l’extraire rayée par les branches coupées !
Je n‘ai pas oublié également la crainte que j’ai ressentie lors d’une ballade à cheval à Bryce Canyon où Chloé s’était vue attribuer un cheval « suicidaire » qui descendait à flanc de colline alors que les nôtres suivaient tranquillement le chemin.
Et la peur panique d’avoir perdu Léa une soirée dans l’hôtel en Thaïlande pour la retrouver deux heures plus tard en train de regarder un spectacle de danse locale. Je la voyais déjà dans un réseau de pédophilie ! Et j’en oublie !
Sur le coup, certains petits évènements gâchent un peu les vacances mais au final c’est plutôt amusant de se rappeler qu’il nous est arrivé telle chose dans tel pays.
Heureusement que l’on ne voyage pas en fonction de ce dont l’enfant se souviendra avec précision plus tard. La mémoire d’un jeune enfant est assez courte et les souvenirs qu’il se crée feront partie de lui, à jamais. Il lui restera un état d’esprit d’aventure et d’ouverture sur le monde.

Personnellement, je ne me souviens pas de tous les détails de mes vacances étant enfant. Mais il me reste les sensations et émotions vécues en famille ainsi que les photos et vidéos rappelant ces moments forts. Voyager reste une expérience « pédagogique » inégalable pour les petits ainsi que leur montrer que le monde est grand et surprenant.
Deux mois plus tard, nous nous envolions pour les Canaries en famille. Baignade et visite de l’ile au programme. Chloé y a fait ses premiers pas.

C’est plutôt sympa de savoir que l’on a appris à marcher à Tenerife plutôt que dans son jardin ou bien dans le couloir de son appartement. J’aurais bien aimé pouvoir en dire autant !
Enfant, j’ai toujours été subjuguée par les enfants nés à l’étranger. Pour moi, ils dégageaient un côté aventurier naturel que je ne pensais pas avoir en étant née à Villers-Semeuse !

Ensuite les voyages se sont enchainés en fonction de l’âge de Chloé et des risques sanitaires des pays envisagés. En permanence, nous nous sommes adaptés à notre enfant, et nous avons adoré ces moments vécus loin de chez nous, avec elle.
Voyager avec un enfant en bas âge vous permet beaucoup de choses et vous ouvre des portes. Les gens vous sourient plus facilement, vous laissent passer devant eux, vous évitant ainsi d’attendre, s’émerveillent de voir une petite française si loin de chez elle et veulent parfois faire une photo avec…
Ils s’attendrissent aisément et cela vous permet d’engager des conversations très intéressantes avec les autochtones.
Espagne, Grèce, Tunisie, Sénégal et j’en oublie certainement sont les pays que nous avons visités avec Chloé jusqu’à ses cinq ans.
Ce qu’elle en a retenu, plusieurs choses. Je l’ai vue jouer avec des enfants qui ne parlaient pas la même langue qu’elle sans que cela lui pose problème. Je l’ai vue observer les jouets des petits sénégalais et comprendre à cinq ans à quel point elle était privilégiée, et ne plus se plaindre ensuite de ne pas avoir le dernier jouet à la mode, apprendre à se contenter de ce qu’elle avait et ne pas être capricieuse. À l’école ou à la maison, elle dessinait ce qu’elle avait vu en voyage, des palmiers, des cases, des chameaux…
Je reste convaincue que cela lui a ouvert l’esprit bien plus que si elle était restée chez ses grands parents à attendre notre retour de voyage.
Elle a de plus appris à nager toute seule au Sénégal, au soleil et non grâce aux cours de natation organisés avec l’école. Cela me faisait sourire !
En 1993 sa petite soeur Léa est venue au monde. Bien obligés de revoir nos plans. On ne voyage plus de la même manière à quatre, avec le même budget !
Avec la Tunisie et le Sénégal, nous commencions à prendre une petite part de risque, avec un bébé, nous nous devions de redevenir un peu plus prudents.
C’est ainsi que nous sommes partis pour les six mois de Léa en Martinique. Les doudous fondaient de voir ce petit bébé tout blanc, venir de si loin.
A peine arrivée à Saint Pierre, je me suis faite « arracher » mon bébé des bras par Georges, un grand martiniquais aussi noir que Léa était blanche.
Adolescentes, nous les avons emmenées en Californie, Floride à nouveau, Louisiane, Nevada, Utah, Arizona, Phuket … 

A chaque étape, je leur faisais un petit topo sur l’histoire du lieu visité. Léa a appris à parler anglais avec l’accent américain en jouant avec des enfants dans les piscines des hôtels où nous séjournions entre deux visites. Chloé, plus timide a gardé l’accent anglais appris à l’école. Dès qu’elles souhaitaient quelque chose (du pain, de l’eau, une boisson ou tout autre renseignement), je les laissais se débrouiller toute seule pour l’obtenir en résistant très fort pour ne pas leur venir en aide. 
C’est ainsi qu’elles ont progressé en anglais, et moi perdu le mien ! A discuter avec des familles américaines, nous avons appris beaucoup sur leur système scolaire, médical, politique…
Nous nous sommes régalés à visiter les Etats Unis et ses merveilleux parcs naturels tels que le Grand Canyon, Brice Canyon, Monument Valley ou bien encore en naviguant sur le lac Powell.
Nous avons parcouru les routes désertes et interminables au rythme des cd de country achetés sur place. Aujourd’hui, dès que l’on entend une de ces musiques ou chansons, cela nous vaut un petit sourire ou clin d’oeil de connivence.

Las Vegas fut un grand terrain de jeu pour nous quatre. Cette ville est démentielle, démesurée, du jamais vu !
Je suis contente de l’avoir fait avec mes filles, mais maintenant en ayant pris conscience des dégâts que cela provoque alentour (l’assèchement des lacs et rivières des réserves indiennes) je ne le referai pas.
Nous essayons de voyager le plus possible de façon responsable. Nous n’avons jamais emmené nos filles dans ce que j’appelle « les zoos humains », par exemple les « femmes girafes » de Thaïlande.
Il y a des visites que l’on a faites par méconnaissance, que je ne referai plus maintenant.
Je pense à ces tigres drogués et ces éléphants maltraités en Thaïlande. A l’époque Internet n’existait pas, il était difficile de s’informer et d’être alerté sur tout. Je ne publie pas ces photos où Chloé caresse un tigre et où Léa est soulevée par la trompe d’un éléphant. Les photos sont techniquement magnifiques mais je ne peux plus les regarder car je me sens coupable d’avoir participé malgré moi à tout ce cirque !
Mais c‘est en voyageant que l’on apprend à voyager ! Et la modernité du monde actuel nous permet d’être beaucoup plus vigilants à ce que l’on fait. Et c’est tant mieux !
Alors, mes filles devenues adultes, qu’en est-il de nos voyages ? Eh bien, c’est toujours un réel plaisir de partir avec l’une, avec l’autre, ou bien toutes les trois. C’est ainsi que nous avons partagé avec Chloé la descente du Nil en bateau ou encore la visite du Yucatan.
Avec Léa, nous sommes parties en mode « routardes » découvrir la Slovénie, la Croatie ou bien la Jordanie. Nous avons marché des journées entières dans les capitales de Prague, Budapest ou bien la cité lacustre de Venise. Nous avons aussi été nager avec les dauphins.
Léa a ainsi appris à réserver des chambres d’hôtel ou des logements AirBnB pendant que je conduisais, à me guider de site en site malgré des panneaux routiers incompréhensibles. Elle s’est aussi amusée à me rendre la pareille à plusieurs reprises en ne voulant pas demander à ma place ce dont j’avais besoin afin de remettre mon anglais à niveau, en s’amusant de mon accent et en corrigeant ma syntaxe.
Nous sommes toutes les deux passionnées par les croisières en catamaran. Nous avons trouvé bien plus agréable de visiter les îles au large de la République dominicaine ou bien les Seychelles de cette façon. 

 
Je pense avoir donné ainsi la passion des voyages à mes filles. Elles ont de leur coté continué ce qui avait été commencé dès leur plus jeune âge. Chloé est allée vivre et travailler plusieurs mois à Londres. Ensuite, elle a rejoint le Club Med pour une vie de saisonnier et est partie plusieurs mois en Italie, en Guadeloupe…

A présent elle vit avec son mari au Bahrain. Tous deux partagent cette passion du voyage et partent souvent dans de magnifiques endroits.
Léa quant à elle vient d’intégrer à son tour le Club Med et compte bien grâce à son nouveau travail s’envoler vers de belles destinations.
Dans quelques jours, nous partons toutes les deux pour une dizaine de jours au Bahrain voir Chloé. Ce sera la première fois pour Léa et la troisième pour moi. Le Bahrain n’est pas un endroit que je recommande pour partir en voyage.
Je n’y serais jamais allée si ma fille ne s’y était pas installée. Mais c’est un endroit où j’adore aller, car je sais que je vais y passer des moments formidables avec ma fille, mon gendre et ses parents. J’ai eu l’occasion de vous parler de cette famille extraordinaire dans un article précèdent (La Positive Attitude).

Dans quelques semaines, nous partons toutes les trois à Cuba. Nous avons décidé Chloé à nous suivre une semaine sur un catamaran pour naviguer dans le sud d’île en île. Ensuite, nous visiterons les sites incontournables de cette belle île.
Nous sommes en train de finaliser notre périple : pas simple car éloignées, voire très éloignées les unes des autres mais néanmoins possible grâce à WhatsApp.
Et les enfants dans tout çà ! Aucune raison valable de ne pas voyager avec nos enfants dès le plus jeune âge… et de continuer toute notre vie durant ! Je n’en retire que des moments magiques partagés avec mes filles.

Elles ont appris à être plus curieuses, plus tolérantes envers autrui, à voyager de façon respectueuse et responsable, à écarter la crainte voire la peur de l’inconnu…
Alors si je dois faire le bilan de tous ces voyages, je peux crier haut et fort que c’était positif pour tout le monde.
Ce que cela m’a apporté : des moments de partages inoubliables en famille, l’impression d‘avoir contribué à leur éducation bien au-delà de ce que j’aurais imaginé, des souvenirs qui me nourrissent et continueront à me nourrir à tout jamais…
Oubliées les otites aux Etats Unis, les gastro-entérites au Sénégal, les piqûres diverses et variées ailleurs…

Même si l l’on est parti dans des pays choisis en fonction de l’âge des enfants, même si ces choix ne m’ont pas permis de visiter des pays qui me tiennent vraiment à coeur , je considère avoir fait le bon choix, celui de vivre en famille des expériences uniques et d’avoir privilégié le partage, la joie et le bonheur d’être ensemble n’importe où sur notre belle planète.
Aucun regret ! Je continuerai à voyager de temps en temps avec mes filles si tel est leur désir, et je rêve de faire découvrir le monde à mes futurs petits enfants si mes enfants le souhaitent également. Et vous, qu’en dites-vous ? Comment voyagez-vous ?

Avec ou sans vos enfants ?

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