Et si nous parlions de… notre mort ?

La mort fait partie de la vie

La mort et moi, nous nous sommes côtoyées durant plusieurs mois entre 2017 et 2018. Elle était à mes côtés. Je la sentais. Tous les jours. Je l’ai même appelée plusieurs fois pour m’emporter tellement je souffrais… Plusieurs fois, j’ai senti la vie me quitter. Mon corps n’avait plus cette énergie qui vous fait juste sentir… vivante. Comme si ma flamme s’éteignait… C’est une sensation très particulière. Je n’oublierai jamais ces moments où j’ai senti qu’il n’y avait plus aucune Vie en moi. Juste mon souffle. Je ne sais même pas comment mon cœur parvenait encore à battre… Des produits d’une toxicité alarmante circulaient dans mes veines et rien que l’idée de contribuer à répandre ce poison dans la nature et à enrichir l’industrie pharmaceutique me rendait encore plus malade… J’avais pourtant accepté le protocole de chimiothérapie. Oui, j’avais eu le choix ; mourir ou mettre dans mes veines ce sale produit… J’ai choisi la Vie. Et depuis, la Vie est encore plus belle ! Je la savoure à chaque instant et je rends Grâce chaque jour qu’il m’est donné de vivre. Oui, j’ai reçu un cadeau inestimable… et j’ai perdu quelque chose aussi. Enfin, quelque chose m’a quittée…

Ce que j’ai perdu, c’est la peur de la mort. Je n’ai plus aucune appréhension à mourir et je me sens prête. Chaque jour est un beau jour pour mourir. Ma vie a été belle et bien remplie. De joies, de bonheurs et d’apprentissages. Je le dis souvent à mes amis ; je suis prête pour partir. Je veux bien rester encore, et le plus longtemps possible !, mais je suis prête. Ça, c’est le top, le haut de la pyramide de mes libertés ; cette liberté de ne plus avoir peur de la mort.

Et quand je pense à ma fin, je refuse en bloc toutes ces conneries que le marketing de la mort nous impose ; pierre tombale, plaques de marbres et couronnes de fleurs, concessions, cercueil et tout cet argent que l’on va enfouir six pieds sous terre… pour rien ! Si, pour quelque chose. Pour continuer à polluer et à consommer… même au-delà de la vie il nous faut consommer. Que ce monde est fou ! Moi, je suis née de la Terre. Et je veux retourner à la Terre… J’ai donné à mes enfants mes dernières volontés. Ils savent qu’il n’est pas question de tous ces trémolos lorsque je mourrai. J’ai eu des idées folles pour ne pas finir dans une boite… jusqu’à ce que je découvre celle que je vais vous exposer.

Ces derniers mois, je vous parle un peu de moi, de mes rêves, et j’ose. J’ose de plus en plus car j’incarne mes rêves. Alors ici, entre nous Mesdames, et bien je vais oser bousculer les idées et les pratiques et vous parler de quelque chose qui vous paraitra dingue dans un premier temps, peut-être même que vous serez choquées… mais, réflexion faite, vous verrez cela comme une évidence. Et puis, c’est totalement naturel. Vous commencez à me connaître… Alors, on y va ? Vous aurez été prévenues. Vous allez être un peu bousculée, mais c’est pour notre bien à toutes et à tous. C’est parti !

Le droit de mourir écologiquement

On sait aujourd’hui qu’on pollue énormément de notre vivant. On consomme, on voyage, on se soigne… Mais avons-nous conscience de polluer encore plus après notre mort ? Peu de personnes en parlent…

A l’heure actuelle, nous avons deux options à l’heure de notre mort : l’enterrement ou l’incinération. Toutes deux sont très polluantes et lourdes de conséquences sur l’environnement. La crémation pollue. L’enterrement pollue. Et ces pollutions sont totalement absurdes ! De plus, le cycle de la Vie est cassé et on met en péril les générations futures. Je vous en parle.

Faire un pied de nez au business de la mort

Quelle que soit votre philosophie, croyance religieuse ou spirituelle, l’après-mort nous concerne toutes et tous. Au-delà des convictions morales et individuelles, il y a l’aspect pragmatique ; celui du coût.

Les deux modes de sépulture qui nous sont actuellement imposés ont tendance à être extrêmement coûteux ; jusqu’à 6000€ pour un cercueil, la concession pendant 10 ou 25 ans, la pierre tombale, le caveau, les frais d’embaumement et j’en passe des plaques de marbre gravées… Une fortune ! Vous y avez pensé ? Ah parce qu’il faut y penser en plus… ?…

L’impact de l’inhumation

Le premier argument contre la crémation classique dénonce l’utilisation massive de bois pour la construction des cercueils. Pour chaque cercueil, 50 kg de bois sont nécessaires. En tout, on estime que 100.000 stères de bois sont dédiés chaque année à la construction de cercueils, ce qui équivaut à 10.000 hectares de forêts rasés.

Par tradition, les corps de nos morts sont préparés pour être présentés à la famille et aux proches avant l’enterrement. Tous ces traitements (on parle de thanatopraxie) sont malheureusement extrêmement toxiques : on y trouve entre autre des fongicides, des pesticides ou encore des biocides. Une fois le corps enterré, ces substances sont libérées dans la nature au fur et à mesure de la décomposition et agissent comme un poison sur l’environnement. Elles mettent des milliers d’années avant de disparaître.

Avec la croissance de la population mondiale, et notamment la population urbaine, les cimetières sont saturés.

Conséquence ; on enterre les corps à une plus grande profondeur, à laquelle la quantité d’air pour la décomposition n’est pas suffisante. De cette décomposition hétérogène résulte la libération directement dans la terre de nombreuses substances toxiques produites naturellement par le corps : la cadavérine et de la putrescine. Ces produits chimiques viennent s’ajouter aux nombreuses autres substances artificielles qui se trouvent dans nos corps. Ainsi, 95% de la pollution due à la décomposition des corps provient des grandes quantités de mercure présentes dans les alliages dentaires. S’ajoutent d’autres substances comme les restes de traitements médicaux ou les perturbateurs endocriniens qui viennent polluer de manière pérenne les sols et les nappes phréatiques.

Enfin, si on prend en compte toutes les dépenses en énergie et en eau nécessaires à l’entretien d’un cimetière, l’inhumation apparaît comme la solution la plus lourde pour l’environnement. Out.

L’impact de la crémation

Le principe de la crémation est de réduire le corps en cendres en l’exposant à des températures extrêmement élevées. Durant plus d’1h30, le corps est chauffé à plus de 1000°C. Pour parvenir à des températures si hautes et pour réussir à réduire en cendres le corps humain qui naturellement ne brûle pas facilement, il est nécessaire d’utiliser d’importantes quantités de combustibles. On estime ainsi qu’il faut environ 200 litres de carburant, ce qui entraîne le rejet de près de 160 kg de gaz à effet de serre.

Durant la crémation, les principaux produits chimiques contenus dans les vêtements ou le corps du défunt sont rejetés dans les égouts ou sous forme de fumées dans la nature. Dioxyde de carbone, anhydride sulfureux ou encore oxydes d’azote sont libérés dans l’air par les crématorium et peuvent accroître la force des pluies acides. C’est une pollution atmosphérique énorme ! De ce côté, pas mieux…

Le principe de l’humusation

Il existe néanmoins une troisième solution, une manière bien plus naturelle, écologique et responsable qui permet d’éviter ces énormes dépenses énergétiques et de telles pollutions environnementales. Il s’agit de l’Humusation.

Oui, à notre mort, nous pouvons réduire notre impact carbone et opter pour un retour à la nature dans les meilleures conditions qui soient, pour soi-même comme pour les autres. Et sans casser le cycle de la vie comme c’est le cas actuellement.

L’humusation est un processus contrôlé de transformation des corps par les micro-organismes dans un compost composé de broyats, qui transforme, en 12 mois, les dépouilles mortelles en Humus sain et fertile. La transformation se fait hors sol. Entouré d’un linge biodégradable, le corps du défunt est déposé sur un lit de matières naturelles composé de bois d’élagage et de lignite. Puis il est recouvert d’une couche de matières végétales broyées que les Humusateurs ajusteront pour en faire une sorte de « monument vivant ».

En une année, l’humusation du défunt, réalisée sur un terrain réservé et sécurisé qui aura pour nom “Jardin-Forêt de la Métamorphose”, génèrera ± 1,5 m³ de « super-compost ». On estime qu’un corps fertilise et nourrit une centaine d’arbres. Notre mort peut donc contribuer à créer la Vie en produisant un humus fertile, riche et utilisable pour nourrir la terre, régénérant ainsi les sols malmenés par l’exploitation humaine. On peut même annuler notre empreinte carbone et multiplier la vie en mourant ! Un processus de remise à la terre doux, respectueux de la personne et durable.

Outre les bénéfices environnementaux, l’humusation présente un important avantage économique. Ici, en confiant la dépouille à la nature, prendre soin de ses proches décédés coûterait bien moins cher. L’humusation se défend également d’un point de vue éthique : il s’agit pour beaucoup d’un retour de l’homme à la nature, et d’une sorte de résurrection sous forme organique de la puissance vitale. Si la décomposition du corps se fait de manière naturelle et complète, elle ne dégage aucun produit toxique car le principe de compostage, par ses micro-organismes et la bio-faune du sol, a la capacité de détruire toutes les molécules chimiques polluantes et tous les germes pathogènes pour les rendre à jamais inoffensifs. L’humusation apparaît donc comme une vraie solution aux problèmes de pollution, mais il va falloir convaincre les populations… et les inviter à lâcher les vieilles traditions, us et coutumes qui ne sont plus adaptés à notre monde.

« Métamorphose mourir… puis donner la Vie »

C’est le nom de la fondation reconnue d’utilité publique qu’a créé Francis Busigny, le Président, depuis plus de trois ans. Elle est basée en Walonie. Je suis devenue à ce jour ambassadrice en Guadeloupe pour promouvoir l’humusation autour de moi. Comment faire moins ? Vous pouvez vous aussi rejoindre la fondation. Rendez-vous sur humusation.org.

De nombreuses personnes comme moi aimeraient choisir cette pratique funéraire 100% favorable à l’environnement. Mais la législation actuelle ne le permet pas. L’humusation fait l’objet de pétitions qui militent en faveur d’un changement de la loi pour que cela soit enfin autorisé. Cette pétition invite nos élus, les députés, à rendre légale l’humusation car c’est déjà la volonté de nombreuses personnes qui veulent contribuer à enrayer le réchauffement climatique grâce à la restauration de la fertilité naturelle des sols pour faire grandir rapidement beaucoup d’arbres qui fixeront un maximum de CO2. Notre mort peut et doit participer à la poursuite de la Vie sur Terre dans le respect des vivants.

« Point de gestion soutenable de l’environnement sans la ré-insertion correcte de nos dépouilles dans la biosphère. C’est l’émergence d’une vision nouvelle sur la vie et la mort, en accord complet avec les lois de la nature et les traditions : nous « venons » de la Terre et, à la fin de notre existence terrestre, nous y retournerons pour faire de l’humus, de la terre vivante. Soyons fiers de pouvoir contribuer à perpétuer la vie au delà de la mort. » (Francis Busigny)

Alors faisons en sorte que cela devienne possible !

Réenchanter la mort

A l’heure de l’économie circulaire, de la prévention/gestion et valorisation des déchets, permettons que le déchet le plus volumineux sur Terre, le premier qui nous concerne finalement, l’enveloppe terrestre humaine, puisse reprendre le cycle de la vie et fertiliser notre Terre affaiblie où l’humus se fait de plus en plus rare. Parole de Composteur.

Ma Terre et moi…

Pour finir sur ce sujet qui vous aura, je le souhaite, remuée, dérangée ou tout au moins intriguée et rendue sensible… à signer la pétition !, j’ose encore revenir enfin vers moi, mon histoire et le tracé de ce chemin qui me conduit aujourd’hui à produire de l’humus et prendre soin de Ma terre Mère.

Adolescente, je découvrais la Tibet et le bouddhisme à travers une série de lectures qui entamaient de guider ma vie. En apprenant que les dépouilles mortelles des moines tibétains étaient découpés puis donnés à manger aux vautours, charognards des hauts plateaux, je me suis tout de suite dit que ce devait être exceptionnel de finir largué par ces oiseaux larges et majestueux sur le toit du monde… C’était évident. Je ne voudrai jamais que l’on mette mon enveloppe terrestre dans une boite qui aura coûté une petite fortune et qu’on me fasse embaumer. Beurk… ! J’avais très tôt décidé que mon cadavre servirait à quelque chose d’utile et surtout n’encombrerait pas. Imaginez un peu… Ma famille, puis tous ceux qui ont été proches de moi dans ma vie, ont supposé très tôt que j’étais perdue et/ou au moins complètement allumée… Soit. Je ne m’étais jamais posée la question du comment… Ce devait arriver naturellement.

Puis j’ai pris connaissance, au travers de films documentaires, de lectures ou de conférenciers divers et écolo, que les cimetières polluaient énormément… les sols, l’eau… Que les cadavres, une fois la concession abandonnée, n’étaient pas encore décomposés avec tous ces conservateurs avalés dans une vie et qu’ils dégageaient une odeur immonde infligée au personnel affilié à l’entretien des cimetières. Et les cercueils, pleins…, finissaient la plupart du temps… à la déchèterie. Et oui ! Même si c’est illégal… Que voulez-vous faire de ces déchets dont personne ne veut ? Et qui ira fouiller au cœur d’un tas d’ordures ?

J’ai aussi su la quantité énorme d’énergie que demandait l’incinération d’un corps, UN seul corps ! de 80 kilos maxi, allez, un peu plus parfois… polluant l’air au passage… Que c’est ridicule… et irresponsable pour les ressources laissées à nos enfants ! Pourquoi faire autant de bruit, salir et polluer autant pour un simple corps défunt de quelques kilos qui devrait normalement finir en poussière?

En découvrant l’humusation, c’est la limpidité qui m’apparut. Encore une fois, c’était évident. Je pense même que ce devait déjà être là, dans mes mémoires cellulaires, mais je ne l’avais pas conscientisé. Pourtant je composte depuis plus de 25 ans. Et j’aspire à offrir une empreinte positive sur Terre et à enrichir la Nature et l’Humanité ; l’Humus et l’Humanus.

Quel enthousiasme de savoir enfin comment offrir mon corps à Ma terre Mère en respectant mes valeurs, la Nature et en permettant la Vie !

Je ne demande pas que vous adhériez à cette dernière volonté, non… enfin, réfléchissez-y tout de même un petit peu… Je demande seulement à ce que cela soit rendu possible. Alors merci par avance de signer la pétition en ce sens sur humusation.org et diffusez l’info en en parlant, en particulier aux élus si vous en connaissez et en partageant un maximum. Au moins permettons de faire avancer les pratiques et commençons à cesser d’enrichir les cimetières pour appauvrir nos sols, polluer notre eau et détruire nos ressources…

Que notre mort au moins puisse être écologique et responsable et que notre corps retourne à la Terre pour devenir utile, fertile et Humanus. Ainsi soit-il.

J’attends vos avis, commentaires et réactions sur notre page Facebook Les Essenci’elles en réponse à une prochaine publication en images.

Anne-Sophie Dequiedt (Maître Composteur)
Pour me contacter : a-s.dequiedt@laposte.net
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